ASSOCIATION HENRI LAGRANGE

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 MONDIALISATION

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Malte
Invité



MessageSujet: MONDIALISATION   Ven 2 Déc - 18:23

MONDIALISATION

Ce terme ambigu se comprend mieux si on lui attribue un qualificatif : c'est la tendance néo-libérale du système économique qui doit s'imposer inéluctablement partout sur le globe (globalisation est le terme utilisé outre-manche). Selon la doctrine libérale, le marché domine l'économie (l’économie se régule d'elle-même), et l'État doit laisser faire. Faut-il parler de dictature quand l'économie de marché refuse à l'État, notre pouvoir citoyen, de réagir contre les licenciements abusifs et la montée du chômage ?
Dans Perspectives de l'économie mondiale, en 1997, le F.M.I. la définit comme « l'interdépendance économique croissante de l'ensemble des pays du monde, provoquée par l'augmentation du volume et de la variété des transactions transfrontières de biens et de services, ainsi que des flux internationaux de capitaux, en même temps que par la diffusion accélérée et généralisée de la technologie ».
Faisons un peu d'Histoire. Quand cela a-t-il commencé ?
- A l'origine de l'ouverture des marchés, il y la volonté de libre-échange affirmée dès 1945 par les États-Unis d'Amérique et, lors de la conférence de Bretton Woods (1944), la fondation d'institutions internationales : la Banque mondiale, le Fonds Monétaire International et le GATT. Mais la guerre a mis les économies européennes à genoux. Seul, le dollar est indexé sur l'or. Dès lors, le dollar devient la monnaie-refuge et la référence pour la parité des autres monnaies dans le monde. L'hégémonie US va commencer.
- Parmi d'autres étapes de la mondialisation, on peut citer la révolution de Nixon qui, en rompant avec l'étalon-or en 1973, a soumis les monnaies à la concurrence et aux appréciations fluctuantes du marché. Cela a permis aux USA d'exporter leur déficit au détriment des autres nations du globe.
- Depuis 1989, l'ordre mondial, fondé sur l'affrontement des deux superpuissances détentrices de l'arme atomique, n'est plus. On aurait pu avoir une ère de stabilité, mais c'était sans compter sur les complexes militaro-industriels qui dominent le monde.

LES DEUX TIERS DU MONDE EN PERDITION


"La mondialisation économique a provoqué la déshumanisation des sociétés en cette fin de siècle. Elle a généralisé et aggravé la pauvreté, l'inégalité des chances, l'injustice sociale au niveau planétaire ; c'est la globalisation qui a causé les fléaux de masse comme : le travail des jeunes enfants, l'esclavage nouveau, le servage pour dettes, les génocides..." (Le Monde Diplomatique). Au Ghana, le constat est accablant ! Pour les populations pauvres du Tiers-monde, le désespoir est grand. Les grosses entreprises qui exploitent et pillent depuis des décennies les matières premières des pays vulnérables du Tiers-monde en sont responsables. Les spéculateurs aussi. Bonjour les marchés financiers ! L'actualité fait peur, même aux investisseurs boursiers : les Krachs financiers se succèdent. Les États mal préparés sont ruinés (Mexique, Thaïlande, Argentine, etc.) ou presque (Japon, Brésil...)
Depuis 2001, un terrible krach boursier s'est déjà fait sentir... C'était prévu et cela serait le début de la récession économique un peu partout.
Les interventions militaires en Afghanistan et en Irak (déjà sous embargo et bombardé), au mépris des Nations-Unies, par la première puissance mondiale en témoigne avec force : depuis la chute du mur de Berlin, voilà plus de dix ans, les États-Unis règnent sans partage sur la planète. Une mondialisation taillée sur mesure, une puissance militaire à même de vaincre n'importe quel adversaire, une avance considérable dans le domaine décisif de l'information : telles sont les armes de cette hégémonie U.S. Car, depuis 1991, les U.S.A. manipulent l'O.N.U. à leur gré et s'ils ont placé Kofi Amann c'est qu'ils le jugent plus docile que Boutros B. Ghali.
Et l'Europe n'existe toujours pas ; elle reste divisée politiquement et son modèle de droit social et de démocratie est en déroute totale ! La brebis galeuse est la Grande-Bretagne, proche des U.S.A. qui a tous les atouts pour ses velléités hégémoniques. On en a eu encore la preuve avec les bombardements sur l'Afghanistan. Le « nouvel ordre mondial garant des liberté démocratiques» s'est transformé en une dictature. L'anomie s'installe un peu partout. La guerre semble reprendre ses droits et les grandes migrations ont commencé. Aux sanglantes montées de fièvre ethniques, religieuses ou nationalistes s'ajoutent des menaces de types nouveaux : développement de zones « grises » où le droit international (comme celui des États) n'a plus cours, renforcement des coopérations entre organisations criminelles transnationales (mafias de la drogue, criminalité financière, corruption, etc.).

PENSÉE UNIQUE


En janvier 1995, un éditorial du Monde Diplomatique dénonçait la pensée unique colportée par les suppôts du capitalisme néo-libéral. - "La répétition constante, dans tous les médias, de ce catéchisme par presque tous les hommes politiques, de droite comme de gauche, lui confère une telle force d'intimidation qu'elle étouffe toute tentative de réflexion libre, et rend fort difficile la résistance contre ce nouvel obscurantisme. [...] Aussi est-il choquant de constater à quel point, paradoxalement, une période de bouillonnement, de crises économiques et de périls de tous ordres comme la nôtre coïncide avec un consensus idéologique écrasant, imposé par les médias, par les sondages et la publicité grâce à la manipulation des signes et des symboles, et au nouveau contrôle des esprits." (I. Ramonet, Géopolitique du chaos, éd. Galilée, 1997, pp.76-78).
Des journalistes ont brodé ensuite en reprenant l'expression mais en la dévoyant... Pure désinformation !
Qu'est-ce que la "pensée unique" ?
- C'est "la traduction en termes idéologiques à prétention universelle des intérêts d'un ensemble de forces économiques, celles en particulier du capitalisme international [...]
Premier principe : l'économique l'emporte sur le politique." [...] Un suppôt du capitalisme, A. Minc écrit : "Le capitalisme ne peut s'effondrer, c'est l'état naturel de la société." [...] L'économie est placée au poste de commandement. Une économie débarrassée de l'obstacle du social"[...] "Ce n'est plus l'État mais les marchés qui commandent l'économie"...
"Dérégulation", "flexibilité", "privatisations", "communication globale" sont des maîtres-mots de l'ultra-libéralisme pour le bénéfice des gros trusts et de leurs actionnaires.
Les autres concepts-clés sont:
- l'économie de marché, marchés financiers, la libre-concurrence, le libre-échange, , la mondialisation de la production aussi bien que de la finance, anti-étatisme, le commerce sans entraves juridiques, sans barrières douanières, sans protectionnisme étatique.
- stabilité monétaire, déréglementation, privatisations, le "toujours moins d'État", réformes, modernité.
Le droit du travail est bafoué, et l'indifférence à l'égard du coût écologique et humain est dramatique. La flexibilité, c'est la généralisation du travail précaire, mal rémunéré. Que faut-il en penser ?
Qui a intérêt à aller plus avant dans la déréglementation des investissements et le désengagement de l'État, alors que les résultats de la mondialisation se révèlent désastreux ?
Déjà, tout gouvernement s'efforçant de répondre à la demande publique de solutions aux grands problèmes économiques et sociaux doit le faire dans un contexte international d'instabilité monétaire, de spéculation d'argent sale, de mouvements massifs et erratiques de capitaux et d'investissements sans frontières. Une situation difficile à gérer et préjudiciable au droit. Sauf pour la petite minorité qui a intérêt à ce qu'elle empire.
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serge
Bavard
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MessageSujet: Re: MONDIALISATION   Ven 9 Déc - 17:19

Que veulent vraiment les êtres qui dirigent le monde, ne serait ce pas tout simplement l'anéantissement des trois quart de la planète, ce qui bien evidemment explique le peu d'empressement à regler les problèmes de toutes sortes de notre planète; ................un vrai petit paradis sur un monceau de cadavres Evil or Very Mad reflechissez-y Question Question



Une nouvelle guerre mondiale a commencé. C'est une guerre sociale et intérieure, une guerre d'élimination menée par les élites dirigeantes contre une population devenue trop nombreuse et inutilement coûteuse.

Cette guerre se caractérise par l'instauration d'un nouvel esclavage appelé "libéralisme", et simultanément, par l'accroissement de la répression contre le citoyen ordinaire afin d'obtenir sa soumission.



Citation :
De plus, les Maîtres du Monde considèrent qu'une majorité de la population est inutile ou non-rentable. La plupart des "citoyens ordinaires" ont une valeur négative pour le système économique.



Citation :
Par ailleurs, sur le plan écologique, la population consomme actuellement trop de ressources et génère trop de pollution. Une solution serait que l'humanité renonce à la société de surconsommation et aux profits qu'elle permet de générer. Pour les Maîtres du Monde, cette solution est inacceptable. Une seconde solution serait que l'humanité investisse massivement dans des nouvelles énergies et des nouvelles technologies qui dégraderaient moins l'environnement. Mais cela coûterait cher, sans réduire le danger d'instabilité sociale. Les Maîtres du Monde ont donc choisi une troisième solution: permettre aux plus favorisés de conserver les avantages d'une société industrielle hautement polluante, mais réduire la pression globale sur l'environnement et les risques d'instabilité sociale en ramenant la population mondiale à moins de 1 milliards d'habitants.



Citation :
La "solution finale"

Une guerre d'élimination contre la population mondiale a donc commencé. Les humains devenus inutiles ne sont pas éliminés dans des camps de concentration, mais en leur supprimant progressivement l'accès à l'espace vital, à la nourriture, à la santé, à l'éducation, à l'information, et à l'énergie. La brutale hausse de 40es prix alimentaires, la suppression ou la réduction des allocations-chômage, la baisse des retraites, le démantèlement des systèmes d'éducation et de santé publique, et la privatisation du marché de l'électricité sont autant de mesures récentes qui vont dans ce sens.

Les pauvres, les précaires et les exclus sont condamnés à une mort lente et discrète, par la misère, la malnutrition, la maladie, ou le suicide.

Dans environ 2 décennies, lorsque la vie sur Terre sera devenue un enfer quotidien, les pauvres qui auront survécu (ceux que la "sélection naturelle" aura sélectionné comme les plus robustes) fourniront les volontaires dont les Maîtres du Monde auront besoin pour les futures exploitations minières de Mars, une planète froide et inhospitalière, balayée par des tempêtes de poussière qui peuvent durer des mois.


http://andoar.populus.org/rub/3
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hiram
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MessageSujet: Re: MONDIALISATION   Ven 30 Déc - 14:41

Citation :
De plus, les Maîtres du Monde considèrent qu'une majorité de la population est inutile ou non-rentable. La plupart des "citoyens ordinaires" ont une valeur négative pour le système économique.


Citation :
Une guerre d'élimination contre la population mondiale a donc commencé. Les humains devenus inutiles ne sont pas éliminés dans des camps de concentration, mais en leur supprimant progressivement l'accès à l'espace vital, à la nourriture, à la santé, à l'éducation, à l'information, et à l'énergie. La brutale hausse de 40es prix alimentaires, la suppression ou la réduction des allocations-chômage, la baisse des retraites, le démantèlement des systèmes d'éducation et de santé publique, et la privatisation du marché de l'électricité sont autant de mesures récentes qui vont dans ce sens.

Les pauvres, les précaires et les exclus sont condamnés à une mort lente et discrète, par la misère, la malnutrition, la maladie, ou le suicide.


Effectivement le programme affreux d'élimination d'un maximum d'êtres humains est en route dans l'indifférence générale, il faut donc se reveiller, nous sommes combien à le faire Rolling Eyes Confused
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hiram
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MessageSujet: Re: MONDIALISATION   Ven 30 Déc - 23:52

Confused

_________________
dans le monde intelligible,
l'idée du bien est perçue la dernière et avec peine, mais on ne la peut percevoir sans conclure qu'elle est la cause
de tout ce qu'il y a de droit et de beau en toutes choses;
Platon
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Serge33
Invité



MessageSujet: Mondialisation   Mar 4 Avr - 15:18

Les obligations en matière de droits de l’Homme doivent systématiquement prévaloir sur toute autre. Ainsi, les États doivent veiller à ce que tous leurs engagements, y compris ceux pris dans les domaines économiques, commerciaux ou financiers, soient compatibles avec les principes universels en matière de droits de l’Homme. Les droits de l’Homme ne sont ni optionnels ni facultatifs, ils offrent au contraire un cadre cohérent – et contraignant – à l’intérieur duquel doit s’inscrire toute activité, qu’elle soit politique, économique, sociale ou financière. La FIDH s’emploie à dénoncer la schizophrénie des États qui, d’un côté, ratifient les traités internationaux en matière de droits de l’Homme et, de l’autre, au sein d’enceintes de négociation commerciale comme l’OMC, prennent des engagements qui mettent en péril la jouissance de droits fondamentaux, qu’ils ont pourtant l’obligation de garantir. Le principe de primauté concerne tout autant les droits civils et politiques que les droits économiques, sociaux et culturels. Pour ces derniers, la FIDH milite pour la consécration de leur « justiciabilité ». Dans le cadre de la charte sociale européenne, par exemple, elle a contribué à la mise en place d’un mécanisme de réclamations collectives qu’elle a été l’une des premières ONG à utiliser, dans une procédure initiée en février 2000 contre la Grèce. Elle soutient d’autre part l’instauration d’un mécanisme similaire, ouvert aux plaintes individuelles, concernant le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels.
Enfin, le principe de primauté, même s’il concerne au premier chef les Etats, doit s’imposer à tous les organes de la société, comme le souligne la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
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ROSE
Invité



MessageSujet: les prédateurs   Jeu 13 Avr - 15:32

LES VRAIS PREDATEURS


Il y a quelques semaines, lors du salon du Milia, Lionel Jospin n’hésitait pas à employer le terme de « prédateur » pour qualifier ceux qui pratiquent l’échange de fichiers musicaux pirates sur Internet. À l’heure où se prépare, dans une indifférence quasi générale et avec la complicité bienveillante de nombreux gouvernements, un des plus grands crimes de masse que l’humanité n’ait jamais connue, ces propos sont pour le moins choquants.
Passer sous silence les ravages sans précédents que provoque le Sida dans le Tiers-monde, le scandale de ces paysans obligés de vendre leurs organes pour acheter des semences -qui jadis leur appartenaient - pour rabattre en fin de compte l’immense chantier de la propriété intellectuelle à l’ère de l’immatériel sur un problème de piratage musical a quelque chose de malhonnête sinon d’indécent.

Comment qualifier en effet ceux qui, sous prétexte de droit d’auteur, refusent l’accès aux soins, en Afrique du Sud, au Brésil, en Inde ou ailleurs, à des millions de malades du Sida ? Que dire de ces géants de l’industrie agroalimentaire qui brevètent et modifient génétiquement l’ensemble du stock mondial de semences, privant ainsi de leur unique moyen de subsistance des millions d’agriculteurs insolvables ? Que dire enfin de ces entreprises qui pillent le travail des dizaines de milliers de contributeurs, souvent bénévoles, qui ont créé Internet en déposant des brevets sur les principes les plus élémentaires du réseau ?

Chacun se félicitait récemment que la carte du génome humain ait été décryptée par un établissement public. Est-ce réellement suffisant ? À qui vont profiter ces recherches financées par des fonds publics : aux malades ou aux laboratoires ? Dans un communiqué de presse datant de décembre dernier, l’association ActUp, dénonçant les pratiques monopolistiques des laboratoires pharmaceutiques, ne revendiquait rien de moins que « l’abolition de la propriété intellectuelle partout où elle tue ». Malgré son caractère peut-être maladroit, sinon excessif, cette revendication marque un tournant majeur dans l’histoire de la contestation sociale et politique. L’affrontement ne se situe plus aujourd’hui seulement sur le terrain de la propriété privé et de la marchandise matérielle mais aussi, et probablement de plus en plus, sur celui de la propriété intellectuelle et du savoir. Avec l’avènement de l’immatériel conçu comme une des sources premières de productivité et de richesse, l’économie passe en effet d’une logique fondée sur l’échange de marchandise à une logique reposant sur le contrôle de l’accès à la connaissance. Ce que l’on s’acharne aujourd’hui à qualifier de « Nouvelle Economie », n’est en fait qu’une tentative visant à pérenniser modèles économiques et les rapports de dominations inhérents à l’ère industrielle. L’ensemble des entraves juridiques et technologique au mouvement des connaissances, loin d’avoir pour seules motivations la juste rémunération des auteurs (qui s’en souciait hier !), visent en fait à réintroduire de la pénurie dans un domaine qui, jusqu’à présent, était celui de l’abondance.

À un moment où le savoir risque de devenir une marchandise à part entière, comment ne pas s’interroger sur le statut que l’on souhaite lui donner ? C’est autour de cette question cruciale, liée à la liberté de circulation de l’information et au respect des principes fondateurs qui régissaient jusqu’à présent les lois sur la propriété intellectuelle, que convergent aujourd’hui et convergeront demain plus encore, des mouvements dont la rencontre paraissait bien improbable. Activistes de la lutte contre le sida, tiers-mondistes, militants anti-OGM, informaticiens du libre ... et plus généralement tous ceux que l’on qualifie aujourd’hui d’anti-mondialisation ne préfigurent-ils pas un nouveau rapport de force lié à l’évolution même de la société : celui qui oppose les info-riches et les info-pauvres...
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jérome-s
Invité



MessageSujet: Mondialisation suite   Sam 22 Avr - 22:11

On ne peut pas y échapper : le sort du "modèle sociale européen", fondé sur la protection sociale et l’existence de services publics forts, est en train de se jouer sur la scène internationale.

Où on a la désagréable impression que les États se dépouillent délibérément de leurs prérogatives majeures.

Voilà plus de vingt ans que le libéralisme est en marche et rien ne semble l’arrêter : privatisations totales ou partielles, dérégulations du marché du travail, montée des logiques marchandes dans le domaine de la protection sociale, du transport, de l’éducation, etc.

Une brusque accélération de ce processus s’est produite en 1994, avec la signature des "Accords de Marrakech". Ceux-ci mirent fin aux dernières négociations du Gatt (Accords généraux sur les tarifs et le commerce) et aboutirent à la mise en place de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). L’OMC est aujourd’hui une organisation mondiale extrêmement puissante. Les 143 États membres lui ont octroyé le pouvoir d’édicter les règles du commerce mondial et sanctionner le non-respect.

L’OMC a repris à son compte le fameux cri de guerre des libéraux du XVIIIe siècle : "laisser-faire, laisser-passer". Le droit à la concurrence et au libre-échange intégral dominera tous les autres droits. En particulier, les droits économiques et sociaux reconnus aux citoyens par des dispositions légales et réglementaires adoptées dans le cadre de ce que l’on a baptisé pour faire court l’"État-providence". Mais aussi, les droits des gouvernements d’adopter les mesures de régulation et d’intervention dans le domaine économique. Et enfin, les droits des pays les moins riches de protéger leurs économies, leurs ressources et leurs sociétés des convoitises du marché mondialisé.

Cette déréglementation-libéralisation du commerce a d’abord touché les échanges de marchandises et de capitaux. Il n’a pas manqué de voix critiques pour montrer le caractère injuste et inégal de ces pratiques notamment en ce qui concerne les possibilités de développement des sociétés du Sud et les menaces qu’elles impliquaient pour l’emploi au Nord. Le mouvement altermondialiste a trouvé dans la dénonciation de ces méfaits l’une des meilleures illustrations de ses thèses |1|.

Avec l’AGCS (Accord général sur le commerce des services) |2|, l’OMC s’attaque au vaste domaine de l’économie de services ou secteur tertiaire. Fin mars (2003), les négociations en vue de la finalisation des dispositions de l’AGCS devraient franchir une étape importante, lorsque les États feront connaître la liste des services qu’ils sont disposés à libéraliser. Pour bien mesurer la portée de ce "round" de négociations et pour comprendre pourquoi il suscite une telle protestation, il faut se pencher sur deux facettes de l’AGCS : son contenu et sa méthode.

Tous n’en mourraient pas, mais tous étaient atteints...
L’AGCS porte sur l’ensemble des activités de services : de la banque à la santé, en passant par le transport, l’éducation et la formation, le traitement des déchets, la distribution d’eau, les productions culturelles, etc. Que ces services soient gérés ou produits par le secteur privé, le secteur public ou encore confiés par la puissance publique à des acteurs privés subventionnés à cet effet.

Certes, l’article premier de l’AGCS stipule qu’il s’agit de "tous les services à l’exception des services fournis dans l’exercice du pouvoir gouvernemental". On pourrait croire que cette exception permet de mettre les services publics de manière générale à l’abri de la dérégulation et de la privatisation. Ce serait compter sans la subtilité et l’intelligence des experts qui concoctent ces textes. Pour que le service public échappe à l’AGCS, il devrait être un "service qui n’est fourni ni sur une base commerciale, ni en concurrence avec un ou plusieurs fournisseurs de services".

Cette clause sibylline, une fois décodée, signifie que tout service public qui demande un ticket d’entrée ou de transport, un minerval ou une contribution quelconque de l’usager pourra être considéré, à terme, comme fournissant ce service sur une base commerciale. Si de plus, comme c’est largement le cas dans la plupart des pays occidentaux, des services similaires sont produits aussi bien par le secteur public que privé, les clauses de l’AGCS devraient être appliquées à ces services. On en arriverait de proche en proche à la mise en concurrence de tous les types d’opérateurs sur de plus en plus de secteurs.

Dans cette optique, ce n’est pas seulement le monopole du service public qui serait touché, mais également sa possibilité d’offrir des services à prix réduits ou coûtants.

Par extension, la subvention de certaines missions de service public dévolues à des associations pourrait, elle aussi, être remise en cause au nom du sacro-saint principe d’éviter la distorsion des normes de concurrence. Les ravages que cela pourrait entraîner, dans des domaines comme la santé, l’aide aux personnes, l’enseignement et la formation, sont facilement imaginables. La mise en place des règles de l’AGCS aboutirait donc à une double conséquence : le renoncement au monopole de service public et à la disparition de la distinction entre secteur marchand et non marchand.

En termes économiques, les enjeux sont colossaux |3|. Les experts estiment que le marché de la santé qui se libérerait de la sorte dans les pays de l’OMC serait de l’ordre de 3 500 milliards d’US dollars, celui de l’éducation de 2 000 milliards et celui de l’eau potable de 1 000 milliards.

La méthode du cliquet
Certes, la tâche est ambitieuse et l’AGCS en a pris la mesure. Dans le processus de négociations continu, chaque État s’engage à déposer une liste des services qu’il va soumettre aux règles de libéralisation. Une sorte d’enchère va s’installer entre les 143 pays de l’OMC, mais une fois l’engagement pris par État (et avec lui les autres niveaux de pouvoir : régions, communes...), il est irréversible. C’est-à-dire qu’il aura force de loi au niveau international et ne pourra plus être remis en cause, fût-ce par un nouveau gouvernement issu d’une nouvelle consultation électorale.

Bref, les parlements nationaux abandonnent par ces engagements successifs une part importante de leurs prérogatives. Comme le dit clairement le texte de l’article 19 de l’AGCS, il s’agit au cours de "négociations successives (...) d’élever progressivement le niveau de libéralisation". On n’impose la privatisation et la dérégulation d’un seul coup, on progresse par pallier, mais sans possibilités de retour en arrière.

À cette véritable mise hors-jeu du contrôle des prérogatives des assemblées législatives, s’ajoute une procédure de négociation opaque. Au point qu’elle a provoqué une vive réaction de l’Assemblée des régions d’Europe |4| estimant "inacceptable de priver le public d’un accès large à l’information et aux contenus des négociations, et en particulier sur les demandes et les offres soumises par les États (...) sous prétexte qu’il est nécessaire de garder le secret dans le cadre de négociations diplomatiques internationales".

Mais ce n’est pas que "le politique" qui est mis hors course dans cette affaire. Les organisations syndicales, les organisations non gouvernementales, l’ensemble des associations de parents, d’usagers... tout ce qui est habituellement rassemblé sous le vocable de "société civile" est largement écarté d’un débat qui les concerne au premier chef car il dessine les contours d’un véritable projet de société |5|.

Dès lors, on comprend mieux pourquoi la manifestation qui a eu lieu à Bruxelles le 9 février dernier (2003) a rassemblé dans la rue les représentants du syndicalisme, des mouvements associatifs et de la mouvance altermondialiste. Mais, si la protestation est tout à fait nécessaire pour défendre les services publics au sens large, il reste malgré tout une profonde interrogation quant au positionnement du politique.

Car, si d’une manière générale, les États espèrent maintenir une dose de "services publics" de manière à donner à la puissance publique une certaine réalité concrète aux yeux des citoyens, ils acceptent, voire contribuent à l’installation de mécanismes de décisions qui les dépossèderont de leurs prérogatives en la matière.

Affaiblissant leurs moyens d’actions tant dans le domaine économique que dans celui des politiques sociales, ils alimentent cette langueur démocratique et cette crise de la représentation politique qui semble accompagner la montée du libéralisme comme son ombre.

À l’heure où l’on parle d’une nouvelle alliance entre les formes de protestations sociales venues de l’altermondialisation, le mouvement social classique incarné par les syndicats et certaines formations politiques "qui ont fait le voyage de Porto Alegre", il est, sans doute, utile, de rappeler que l’un des enjeux des prochaines élections sera précisément de faire régresser l’évolution vers "le laisser-faire, laisser-passer". Un beau défi à relever pour les convergences de gauche.

Gabriel Maissin




|1| Les trois piliers de l’altermondialisme sont : la critique du libéralisme, la dénonciation des dégâts écologiques et le refus de la suprématie de la logique des marchés financiers.

|2| Pour tout connaître de l’AGCS : [http://www.urfig.org].

|3| Voir G. Maissin, "La Belgique sur la voie du néolibéralisme", in Cahiers marxistes, n°205, 1997.

|4| Déclaration de l’ARE du 18 octobre 2002 adoptée à l’unanimité. L’ARE représente 250 régions de 25 États européens.

|5| Alors que différents lobbies patronaux du secteur des services sont informés en ligne directe et même sollicités pour formuler leurs desiderata en la matière. Rapport du Corporate Europe Observatory (Erik Wesselius)
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angèle
Invité



MessageSujet: Excellente décision du nouveau gouvernement Bolivien   Mar 2 Mai - 11:59

La Bolivie annonce la nationalisation de ses hydrocarbures
02/05/2006 06h33

Image de télévision du président bolivien Evo Morales annonçant la nationalisation des hydrocarbures à Tarija, le 1er mai 2006
©AFP - Aizar RaldesLA PAZ (AFP) - Le président de Bolivie, Evo Morales, a annoncé lundi la nationalisation de tous les hydrocarbures du pays, où l'armée a pris le contrôle des gisements gaziers et pétroliers.

Une vague d'autres nationalisations à venir été annoncée dans la soirée par le chef de l'Etat, s'adressant à une importante foule réunie sur la place Murillo à La Paz.

"Nous avons commencé à nationaliser les hydrocarbures, demain ce seront les mines, les forêts et toutes les ressources naturelles", a lancé M. Morales du balcon du palais Quemado, siège du gouvernement.

Dans la journée, Evo Morales a expliqué que les gisements d'hydrocarbures passaient désormais dans le giron de la compagnie publique nationale YPFB, lors d'une cérémonie à Carapari, dans le sud du pays.

"L'Etat récupère la propriété, la possession et le contrôle total et absolu de ces ressources", a déclaré M. Morales, donnant lecture du décret de nationalisation édicté par son gouvernement en vertu de la "souveraineté nationale".

Un délai de 180 jours a été donné aux compagnies pétrolières étrangères opérant dans le pays pour régulariser leur situation, à travers de nouveaux contrats d'exploitation.


Carte de la Bolivie avec la localisation des gazoducs et oléoducs
©AFP/Infographie - Francis Nallier"A la fin de ce délai, les compagnies qui n'auront pas signé leurs nouveaux contrats ne pourront plus continuer à opérer dans le pays", a averti M. Morales qui a dit miser sur cette "véritable nationalisation" pour redresser l'économie bolivienne.

La mesure concerne quelque 26 compagnies étrangères dont Repsol (Espagne), Total (France), Exxon (Etats-Unis), British Gas (GB), Petrobras (Brésil), implantées dans le pays qui détient après le Venezuela les deuxièmes réserves de gaz d'Amérique du Sud, estimées à environ 1.550 milliards de mètres cubes.

La Bolivie qui produit en outre 40.000 barils de pétrole par jour, est la nation la plus pauvre du sous-continent et la misère y touche 70% de la population. L'exploitation des hydrocarbures représente 15% de son PIB.

Les compagnies étrangères "sont obligées de remettre la propriété et toute la production des hydrocarbures à YPFB", a souligné M. Morales. Le décret impose aussi aux compagnies étrangères une nouvelle répartition des revenus pétroliers, réservant une part de 82% à l'Etat.

Cet accroissement de la part de l'Etat doit notamment "couvrir le coût de l'exploitation et les investissement", a expliqué le président bolivien.

La compagnie nationale YPFB "assume la commercialisation, définit les conditions, les volumes et les prix, tant pour le marché intérieur que pour l'exportation", a poursuivi le chef de l'Etat.

Aussitôt après les déclarations de M. Morales, le commandement général de l'armée bolivienne a annoncé que des militaires avaient pris le contrôle des gisements d'hydrocarbures.

Cette mesure a pour but d'"assurer le fonctionnement des structures de production pour garantir l'approvisionnement", remplir les engagements internationaux et alimenter le marché national, précise l'armée qui a salué cette "nationalisation intelligente".

Le président Morales, qui s'est rendu dans les principales régions productrices, Santa Cruz, Tarija et Cochabamba, où la population est venue lui témoigner son soutien, a souligné qu'il "ferait respecter par la force" cette décision, précisant que les militaires contrôlaient 56 gisements d'hydrocarbures.


Des soldats boliviens prennent le contrôle de l'usine de gaz YPFB Senkata à El Alto, le 1er mai 2006
©AFP - Javier MamaniAncien dirigeant du Mouvement vers le socialisme (MAS) et chef des producteurs de coca, Evo Morales, premier indien élu à la tête de la Bolivie, a souvent annoncé son intention de nationaliser les hydrocarbures, une exigence exprimée à maintes reprises par la population indigène.

Le président bolivien n'avait jusqu'ici pas précisé les modalités de cette mesure. Elle se situe dans le droit fil de la loi sur les hydrocarbures adoptée --bien avant son arrivée au pouvoir-- en mai 2005 par le parlement bolivien, qui avait relevé à 50% les impôts et royalties à verser par les compagnies étrangères et avait restitué à l'Etat le contrôle de la production de ces ressources.

Le ministre brésilien des Mines et de l'Energie, Silas Rondeau, a qualifié de "geste inamical" la nationalisation de tous les hydrocarbures boliviens.

Le gouvernement espagnol a quant à lui exprimé sa "profonde préoccupation".

A New York, les prix du pétrole ont nettement monté lundi, repassant au-dessus de 73 dollars le baril, accentuant leur progression après l'annonce par la Bolivie de la nationalisation de ses champs d'hydrocarbures.
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hiram
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MessageSujet: Re: MONDIALISATION   Mar 2 Mai - 23:22

Citation :
La mesure concerne quelque 26 compagnies étrangères dont Repsol (Espagne), Total (France), Exxon (Etats-Unis), British Gas (GB), Petrobras (Brésil), implantées dans le pays qui détient après le Venezuela les deuxièmes réserves de gaz d'Amérique du Sud, estimées à environ 1.550 milliards de mètres cubes.

Versons une larme pour ces pauvres actionnaires pig cat rendeer , que va donc trouver le père Bush et les autres pour destabiliser le pays, manque de démocratie, armes de destruction massives, fourniture d'armes à une petite guerilla obscure Twisted Evil les paris sont ouverts geek

_________________
dans le monde intelligible,
l'idée du bien est perçue la dernière et avec peine, mais on ne la peut percevoir sans conclure qu'elle est la cause
de tout ce qu'il y a de droit et de beau en toutes choses;
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régis17
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MessageSujet: vous avez dit mondialisation?   Lun 11 Sep - 18:50

Qu'arrive-t-il à la solidarité?

Il faut définir trois niveaux de solidarité. Ces trois niveaux s'influencent mutuellement. La solidarité n'est pas du tout la même chose que la charité.

Le niveau international : L'aide du Nord au développement du Sud n'a jamais été si réduite. Depuis la fin de la guerre froide, bien des régions auxquelles on attachait de l'importance n'en ont plus du tout. Parce qu'elles ne sont plus le théâtre des affrontements des super-puissances, elles sont retombées dans l'oubli. Il n'y a plus aucune espérance que l'aide au développement atteigne jamais l'objectif modeste de 0,7% du PNB fixé par les Nations Unies. Les États-Unis donnent autour de 0,1% et la plus grande part est liée a des concessions politiques.

Au même moment, les organisations internes du Tiers-monde qui, à une certaine époque, appuyaient la solidarité dans les institutions internationales, sont en déclin ou ont disparues. Elles se sont désintégrées en partie sous l'effet de la dette du Tiers-monde; le Nouvel Ordre Économique International est oublié, on n'a pas réussi à constituer un front commun à l'égard de la dette, le G-77, le regroupement des pays non-alignés est marginalisé. Ce sont là des circonstances qui font la fortune du slogan "diviser pour régner" (v.g. la dette africaine et les rencontres du Club de Paris ).

Le niveau national : À ce niveau, c'est la redistribution des ressources de l'État, donc des revenus fiscaux, qui est le principal outil de la solidarité. Bien sûr, le fisc va toujours taxer ce qui lui résiste le moins. On n'ose plus taxer le capital parce qu'il est trop mobile. Les revenus fiscaux venant des compagnies est à la baisse aux Etats-Unis et en Europe; les gouvernements doivent donc taxer les salaires et la consommation qui sont beaucoup moins mobiles.

Ne pas taxer le capital ou le rémunérer signifie que le groupe qui touche la part du lion des revenus est celle qui est déjà très riche et possède tout le nécessaire. Ce groupe place son argent sur le marché des actions et des obligations où il sert à doper "l'économie de casino" (la Banque des Règlements Internationaux estime à 21000 milliards de dollars les sommes détenues par les sociétés d'investissement, y compris les fonds de pension, les compagnies d'assurance, les courtiers et les sociétés de gestion).

Si les revenus étaient redistribués de façon plus équitable, si les salaires et la consommation étaient moins lourdement taxés, les classes les plus pauvres pourraient acheter des produits et des services et ainsi tenir l'économie à flot. Le processus néo-libéral actuel aggrave le cycle de la pauvreté: la qualité des services gouvernementaux se détériore, tout spécialement l'éducation, les transports et les services de santé destinés aux zones les moins favorisées. Les riches, de plus en plus, recourent à des services privés. Les services publics et l'"Etat-providence" qui aplanissaient les inégalités entre riches et pauvres ne jouent tout simplement plus ce rôle.

Sans protection sociale, les pauvres ne peuvent plus prendre aucun risque, même pas le risque –comme celui d'essayer de nouvelles techniques agricoles–d'améliorer leur situation à l'avenir (cf. JK Galbraith). L'essai pourrait ne pas réussir et on encourrait une perte. Pour les pauvres, la différence entre gagner et perdre un pari, ce peut être la différence entre la vie et la mort. L'absence de filet de sécurité les enferme dans la pauvreté.

L'Organisation Mondiale du Commerce ne permet plus aux pays pauvres de protéger leurs industries naissantes. Les nations aussi peuvent être enfermées dans la pauvreté (cf. La sidérurgie au Zimbabwe et l'industrie automobile en Indonésie).

Le niveau individuel : La solidarité entre les personnes est extrêmement problématique dans une situation où la règle de la compétition s'applique non seulement aux pays mais aussi aux individus. On peut évoquer Adam Smith, qui, non pas en tant qu'économiste mais en tant que "moraliste", croyait que la compétition serait limitée par le sentiment de la proximité de l'autre et le désir d'être bien vu par les autres. L'éthique de Smith ne joue plus en dehors d'une toute petite communauté dans laquelle chacun se connaît (cf. Matt Ridley, The Origins of Virtue) et tout spécialement, elle n'a aucune prise sur le plan international. Nous sommes beaucoup plus près de la logique de Hobbes et de sa "guerre de tous contre tous". Aujourd'hui, chaque personne au monde, est virtuellement en compétition avec tous les autres pour l'obtention d'un emploi: par exemple, un employé d'une usine d'automobiles de Flint (au Michigan ) est en compétition avec un travailleur des Philippines; un programmeur de la Silicon Valley (Californie ) est un compétition avec un homologue de Bangalore (Inde ).

Les membres des classes moyennes sont de plus en plus incertains et confinés à des emplois précaires. On prévoit que même en Allemagne, vers 2010, plus de la moitié des emplois seront temporaires. Les gens sont ainsi constamment exposés au stress et à l'angoisse et n'ont plus les moyens de se soucier de solidarité alors qu'ils se sentent eux-mêmes poussés peu à peu vers la décharge publique...

La solidarité signifie aussi que plusieurs besoins sont pris en charge par la communauté: cela peut aller des transports à la production agricole en commun, aux loisirs et au bien-être. Par définition, toute prise en charge des besoins humains physiques ou émotionnels par la société encoure l'anathème capitaliste parce que le capitalisme a besoin d'une société éclatée et individualisée qui devra acheter donc plus de produits. On peut dire qu'un taux de divorce élevé est favorable à l'économie néo-libérale puisque cela entraîne l'établissement d'un plus grand nombre de maisonnées séparées qui auront toutes besoins d'un frigo, d'un appareil télé, de meubles, etc.

La "mondialisation" est une expression trompeuse. Certainement, cela ne signifie pas que toute personne peut ou pourra faire partie d'un aimable nouveau monde. Au Transnational Institute, nous avons calculé qu'il y a un tiers d'inclus et deux tiers d'exclus. En proportion, il y a certainement plus d'exclus au Sud; mais il faut probablement leur adjoindre environ 20% de la population du Nord. Il faut visualiser cela. On pensera désormais en termes de Nord global et de Sud global; les distinctions géographiques n'ont plus tout à fait la même utilité qu'elles ont eue.

L'économie mondialisée choisit les régions qui lui paraissent les plus attirantes et les plus productives et choisit aussi les gens qui lui paraissent les plus intéressants. Ces choix régionaux peuvent changer (v.g. lorsqu'une région a été vidée de ses richesses minières, forestières, ou de ses réserves de poissons) tout comme peuvent changer les choix de personnes. On laissera tomber les gens parce qu'ils sont trop vieux, parce qu'ils sont malades, parce qu'ils n'ont pas réussi. En d'autres mots, la mondialisation e t le néolibéralisme construisent l'antithèse de la solidarité. Ils dé-solidarisent. Ils exigent la déréglementation des systèmes nationaux, le démantèlement de l'État-providence et de la sécurité sociale; ils imposent de nouvelles règles reposant entièrement sur la privatisation et la compétition à tous les niveaux. Cette doctrine économique, justement, n'est que cela: économique. Elle n'a que faire de la société et elle s'attend à ce que la société s'adapte à elle plutôt que d'envisager de s'adapter, elle, à la société. Le tissu social est déchiré, les gens se sentent impuissants.

Cette triste description laisse-t-elle place à quelque espoir?

Oui, on peut encore espérer; à la condition expresse d'admettre que les causes de la pauvreté et de la misère massives sont d'ordre structurel et qu'aucune action caritative, si grande soit-elle, ne peut compenser l'impact du système économique actuel. On ne parle pas ici de supprimer le marché qui remplit effectivement plusieurs fonctions utiles; et encore moins d'adopter une manière d'économie planifiée néosoviétique qui serait absolument inefficace et humainement monstrueuse. On parlera plutôt de redistribuer autrement la richesse mondiale et de mettre l'économie au service de la société plutôt que l'inverse.

Des centaines d'organisations populaires s'efforcent de défendre et de promouvoir la solidarité, même dans le champ de l'économie. A Birmingham, en mai, 70 000 personnes sont descendues dans la rue – et il y avait parmi eux beaucoup de gens d'Église – pour exiger que le G-7 fasse quelque chose à ce sujet. En France, au Canada et dans d'autres pays, des organisations aux traditions très différentes et des gens de milieux très variés ont joint leurs forces pour combattre l'AMI.

Il me semble que l'un des grands problèmes de l'Église, du moins au cours de la période récente, c'est qu'elle se préoccupe surtout de moralité individuelle. La théologie de la libération peut bien avoir commis quelques excès, mais elle allait dans la bonne direction parce qu'elle reconnaissait le lien structurel entre les pratiques économiques et ce qu'on peut toujours appelé le péché. Je crois que l'Église a le devoir particulier de s'efforcer plus qu'elle ne l'a fait jusqu'à maintenant, de nous aider tous à développer une morale et des règles collectives et, pour cela, de s'allier à d'autres groupes qui ont des objectifs communs. Cela aussi est une forme de solidarité humaine.
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