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 Les horreurs de la mondialisation

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Armor29
Invité



MessageSujet: Les horreurs de la mondialisation   Lun 14 Mar - 23:31

La modernisation s'accompagne d'un jargon manipulateur particulièrement dangereux.
Depuis les années quatre-vingt, l'heure est à la modernisation. Mais, au nom de la nécessaire évolution et de l'adaptation, c'est une barbarie douce fondée sur des discours flous et manipulateurs qui s'installe dans le monde du travail, déshumanisant et déstructurant les rapports sociaux.
L'école propage ces pratiques déshumanisantes au lieu de les combattre.
La culture fondée sur la connaissance de notre patrimoine et des valeurs fondatrices constitue théoriquement le meilleur moyen d'endiguer la dérive communicationnelle.
Malheureusement, l'école, qui devrait transmettre un héritage culturel permettant de lutter contre les discours creux et contre toute forme d'incivisme, est elle-même rongée par ces méthodes insidieuses.
La barbarie peut être combattue par un renouveau culturel et politique.
S'il favorise le développement de la barbarie, le libéralisme n'en est pourtant pas à l'origine.
C'est la décomposition culturelle et politique qui rendent possibles la logique libérale et les méthodes de la barbarie douce. Seul le renouveau d'une culture politique démocratique et républicaine peut endiguer le nihilisme et la barbarie douce qui rongent notre société.
Business Digest
"La barbarie douce", le dernier ouvrage de J.-P. Le Goff se révèle à la fois provoquant et stimulant. Son sous-titre "la modernisation aveugle des entreprises et des écoles" pourrait laisser croire qu'il s'agit d'un nouvel avatar du misonéisme qui tend à resurgir pour tenter d'exorciser les peurs d'un siècle finissant.
Mais, l'auteur ne vise pas à dénoncer "l'horreur" de la mondialisation ou de l'économie de marché, ni à nier l'existence des évolutions rapides qui bouleversent l'économie, les techniques et les modes de communication. Il s'agit pour lui de mettre en lumière les absences de perspective d'une société face aux changements auxquels elle est confrontée.

Cette absence de sens, cette "insignifiance" sont masquées par une invocation incantatoire au "changement radical" débouchant sur une "révolution culturelle" bouleversant sans cesse la vie des individus. Celle-ci se manifeste notamment par la mise en place d'une injonction paradoxale sommant chacun de développer autonomie et responsabilité, tout en le soumettant à une évaluation permanente de ses performances qui doivent être toujours optimales. J.-P. Le Goff appuie sa démonstration en analysant deux types d'environnement, le monde de l'entreprise et celui de l'école, qui connaissent l'un et l'autre un processus similaire enchaînant "injonction à l'autonomie et à la responsabilité, évaluation, élaboration d'objectifs" et "contrat".

Dans une deuxième partie, l'auteur tente de mettre à jour "la généalogie de la barbarie douce" qu'il fait remonter à la "partie impossible de l'héritage de mai 1968" à laquelle est confrontée une gauche "moderniste", soumise aux contraintes de la gestion du pouvoir. Celle-ci, en panne de doctrine, se serait alors tournée vers l'entreprise, non seulement comme réalité économique, mais comme modèle social proposé à l'ensemble des activités de la société.

"L'idéologie du management", dont J.-P. Le Goff avait déjà dénoncé les "illusions" dans un ouvrage précédent, est donc au coeur de sa démonstration. Elle repose sur une "manipulation" qui, dans le monde du travail, vise à escamoter les contraintes externes en "tentant d'intérioriser des contraintes et des normes". Face à un appel à l'autonomie, à l'auto-évaluation, mais en référence obligatoire à des procédures et des outils sophistiqués élaborés par d'autres, le salarié doit ainsi porter la responsabilité de ses compétences et, au final, de son "employabilité" .
Les discours sur les compétences se développent alors comme un "jargon insignifiant", "pseudo-savant" qui sous son apparente insignifiance dissimule en fait une conception de l'activité professionnelle "réduite à une machinerie fonctionnelle qu'on prétend maîtriser et perfectionner en vue d'en améliorer les performances".

Pour un homme d'entreprise, l'analyse peut paraître discutable, et les propos sont parfois injustes : "maintenir les exigences de la qualification professionnelle face aux bricoleurs des compétences en vue de l'employabilité" est une belle formule polémique. Mais, cette opposition, par sa généralisation, paraît ignorer la réalité des évolutions rapides de certains emplois et de l'inadéquation plus ou moins grande des qualifications qui y préparent, situation contraignant inévitablement les salariés concernés à s'interroger sur la valeur de leur savoirs, de leurs expériences, face au marché du travail, et sur la meilleure manière de s'adapter à ce dernier.

De même, il est facile - et souvent juste - d'ironiser sur le jargon de la compétence. Mais, comme le reconnaît d'ailleurs l'auteur, les "praticiens de terrain", confrontés à une réalité du travail complexe et changeant, sont amenés à "bricoler" des outils leur permettant d'appréhender cette réalité pour pouvoir agir au mieux sur elle.

Au-delà de ces réactions, le lecteur peut aisément identifier plusieurs pistes de réflexions qui sont ouvertes par les critiques pertinentes de J.-P. Le Goff.

Il est d'abord amené à s'interroger sur la portée des thèmes, notions ou concepts qu'utilise ou diffuse le discours managérial ainsi que sur les représentations qui les sous-entendent. Combien d'exposés, de théories ou de dispositifs de management - notamment sur le thème de la compétence - débouchent sur une combinaison formelle qui laisse échapper la réalité qu'ils sont censés décrire, expliquer ou maîtriser ?
C'est à une hygiène du langage et à travers elle, à une rigueur de l'analyse et de la réflexion que nous sommes fortement invités. Plus fondamentalement, J.-P. Le Goff nous rappelle que ces discours peuvent véhiculer ou dissimuler une conception instrumentalisée du travail, nouveau taylorisme dans lequel la micro-compétence remplace le mouvement élémentaire décortiqué par l'Organisation Scientifique du Travail.

Il nous amène ainsi à ne pas oublier que ces systèmes de description des activités à visée opératoire - pour le recrutement, la formation, l'organisation, la gestion prévisionnelle... -, même s'ils sont rigoureux, ne sauraient rendre compte de la totalité du travail humain et notamment de sa dimension symbolique : significations multiples pour l'individu comme pour la collectivité de travail. Et celles-ci ne sauraient être éludées par un recours rhétorique aux valeurs de l'entreprise. Ignorer systématiquement ces significations, c'est se condamner à ne pas comprendre les situations réelles de travail et courir ainsi le risque d'échecs parfois cuisants : démotivation des collaborateurs, conflits individuels ou collectifs...

Sur ce dernier registre, l'auteur nous rappelle une autre vérité : on ne saurait faire disparaître la dimension parfois conflictuelle de la relation de travail. Si certains dispositifs managériaux peuvent faire croire qu'ils gomment définitivement les différences et les conflits, ils sont là encore porteurs d'illusions et gros de risques : on ne saurait impunément ignorer les enjeux et les jeux des acteurs individuels et collectifs.
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