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 les soi-disants bienfaits du colonialisme

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serge
Bavard
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Nombre de messages : 49
Localisation : Aquitaine
Date d'inscription : 10/08/2005

MessageSujet: les soi-disants bienfaits du colonialisme   Dim 11 Déc - 17:24

Connaissez-vous le pouvoir du nom, je vous propose de lire l'étude de Wilfried Mwenye étudiant en histoire, maîtrise, université de Yaoundé I


Est-il possible de parler d’Homme sans tenir compte de l’espace où il se meut ? L’aventure humaine est ponctuée de migrations qui se succèdent parfois à travers un même site où chaque couche appose la marque de son passage avec un nom. Ce nom peut changer selon qu’un groupe nouvellement établi se laisse absorber ou non par un autre. Quel que soient les cas de figures, il se peut que « ces noms arrivent à survivre aux changements successifs imposés par les strates d’occupation que témoignent les diverses couches linguistiques superposées ; ils renseignent sur le passé, les régions et les époques ». (5) La toponymie précoloniale révèle les vestiges d’une logique émanant du principe de dénomination d’un lieu, d’un individu. En effet, la dénomination en Afrique dévoile la volonté de se reconnaître en l’ancêtre éponyme ou aux hauts faits par lui accomplis. Le legs du nom, par la suite, peut s’étendre à l’ensemble de ses descendants voire au site occupé par ces derniers. Le nom d’une ethnie ou d’un lieu peut aussi dépendre des impératifs nés d’une nouvelle volonté, d’une nouvelle aspiration ; ainsi, le nom devient le signe d’un projet de devenir. Le cas de la Haute-Volta mutée en Burkina-Faso (Pays des hommes intègres) est un exemple. La lointaine antiquité égyptienne nous rapporte que le nom indigène de cette contrée était Kémit. Ce terme servait également à désigner ses habitants et signifiait pays des hommes noirs, les parfaits du pays noirs, ceux qui sont beaux, bien faits, presque les plus authentiques humains (F. Iniesta, 1995, p 78). Quand on voit à quel point les anciens égyptiens ont poussé leur civilisation, on comprend qu’un peuple doté du nom endogène, s’anime d’une dynamique anthropocentrique qui dope l’ego et fait le lit d’une idéologie conquérante de destin prestigieux. Puisque les noms doivent servir de support verbal aux symboles médiateurs, les noms des personnes et des lieus révèlent eux aussi l’intention de ceux qui les ont donnés et ce que ces lieux représentent à leurs yeux. (6) Aussi nous est-il permis de faire le procès de certains noms qui ornent la carte de notre continent.



Commençons par le nom Afrique : Le dictionnaire des civilisations africaines de Bernard Nantet (Larousse, 1999) fait savoir que ce terme (Afrique), pour désigner le continent dans son ensemble, date de l’époque romaine. Sur les cinq possibilités qui s’offrent pour trouver une origine à ce mot, aucune n’est endogène au continent (sauf, Afrig, dans une certain mesure, du nom d’une tribu berbère du sud de Carthage ; encore faudrait-il établir le foyer originel de cette dernière. Quant à Pharikia, mot phénicien signifiant « Pays des fruits », l’on comprend d’emblée que ces phéniciens étaient de grands commerçants et des prospecteurs avertis. Aprica en latin ou Apriké en grec (ensoleillé, chaud) est d’évidence exogène. L’expression arabe Ifriquiya employée au moyen âge pour désigner la Tripolitaine, la Tunisie, la région de Constantine, proviendrait du mot Africa ; servant à désigner l’Afrique du nord et les terres inexplorées qui s’étendaient au delà du Sahara et des côtes de l’atlantique et de l’océan indien. Cependant, Afriquiya nous permet de visualiser ce que ce terme représentait avant qu’il ne s’étende à l’ensemble du continent : les colonies romaines, les possessions romaines. La terre synonyme de richesses chez les indo-européens ? Ceci paraît plausible au regard du symbole que revêt la possession de la terre et bétail dans ces cultures. Le même principe anima la civilisation occidentale, héritière de la gréco-romaine dont l’expression triomphante sera l’impérialisme des 18e-19e siècles qui déboucha au « Seramble of Africa ». La prise de Carthage, dernière résistance africaine au IIe siècle avant J.C par les romains, introduit des rapports de domination. Le mouvement de domination s’accélère au point où, au 15e S, après la prise de Centa par les Chrétiens aux musulmans, la nature des rapports est désormais verticale. Rome règne sur le monde.
Ce nouvel ordre des rapports autorise aux vainqueurs l’instauration d’une nouvelle idéologie politique et économique. La puissante église catholique y est associée et témoigne cette injonction du Pape Nicolas V en 1452 à ses pairs occidentaux, à travers le roi du Portugal (7) :

« Facultas d’attaquer, conquérir et soumettre les sarassins, païens et autres infidèles ennemis du Christ ; de s’emparer de leurs territoires et de leurs biens ; de soumettre leurs personnes en perpétuelle servitude et de transmettre territoires et biens à leurs successeurs. (Cool »
A cela s’ajoute l’essor de la pensée matérialiste qui vient orienter la politique économique de cette époque. Aussi le mercantilisme apparaît-il comme le fruit de la pensée de cette époque. Marque du moyen âge, le mercantilisme se caractérisa par la quête des métaux précieux et autres matériaux de luxe en vue de les accumuler dans les trésors des princes. La conséquence d’une telle aspiration est l’inféodation des territoires, générateurs des profits, au contrôle des puissances occidentales.



Au Cameroun cependant, la rupture orthographique opérée par les nationalistes n’était que le reflet d’une volonté de se départir de l’ordre colonial français et anglais. Ce geste traduit également le désir de rétablir l’unicité Kamerounaise née sous le joug allemand. Mais un fait demeure : l’appartenance de ces trois pays (France, Angleterre, Allemagne) à la civilisation occidentale et le principe inhérent à toutes les puissances coloniales vis-à-vis de leurs colonies à savoir le pacte colonial et son corollaire d’aliénation. A t-on échappé au destin canalisé que porte notre pays malgré l’évolution orthographique : camaroes, camarones, Kamerun, Cameroun dont la réalité reste pour nous un écho prédateur au sens propre comme aux sens figurés ? Les métaphores de John Shady Francis Eone, jeune poète camerounais décédé en 1998 et auteur d’une oeuvre d’une atroce anxiété, à ce propos sont d’une frappante réalité :


http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=4206


Le colonialisme n'a pas apporté que des routes et des écoles, Monsieur de Villiers, il a apporté la négation des cultures, des religions, la désolation, la souffrance, l'asservissement, la peur et le malheur. Crying or Very sad Crying or Very sad
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